JAY SMITH // LE RUNNER HYPE

Words      Manon Dampierre
Pictures  Jay Smith

 

 

 

 

 

 

 

 

En fondant, il y a dix ans, le Paris Running Club avec son agence Blackrainbow et le soutien de Nike, le Français Jay Smith, 39 ans, a amorcé le boom des crews urbains de course à pied à travers le monde. Retour sur l’histoire de cette révolution cool.

 

 

Comment en es-tu venu à fonder le Paris Running Club ?

Jay Smith : Je viens du 94, d’une petite ville de banlieue qui s’appelle Gentilly, où les gens sont très gentils (lol, alerte vanne pourrie) ! Mais j’étais à l’école à Paris, dans le XIIIe arrondissement. J’ai commencé le basket en face de mon lycée. On escaladait la grille pour aller jouer le midi et on revenait en sueur, puants ! Par la suite, j’ai découvert le surf grâce à mes cousins, puis je suis tombé à fond dans les arts martiaux. Je suis arrivé au running très tard et par hasard. J’ai cofondé en 2006 l’agence Blackrainbow, spécialisée dans la communication, le marketing et le positionnement stratégique, qui intervient dans les domaines du luxe, du sport, de l’art, de la street culture. En 2007, Nike m’a sollicité pour un projet vidéo autour de la Air Max et du sport. Je devais choisir cinq figures cool de Paris pour autant de disciplines différentes. Il y avait Stéphane Ashpool de Pigalle Paris pour le basket, Sarah Andelman de Colette pour le foot… Mais personne ne voulait s’occuper du running, alors je me suis dévoué. À l’époque, il faut bien se dire que c’était chiant comme la mort de courir. Les produits, la musique, l’univers, tout était pourri ! En dehors de l’athlétisme et des champions comme Marie-Jo ou Mehdi, c’était le désert. Ensuite, en 2008, Nike a lancé la Human Race, un 10 km mondial où tous les participants courent en simultané, à la même heure. En amont, ils m’ont demandé de monter un projet sur le running. Le challenge m’amusait et c’est comme ça qu’on a créé le Paris Running Club. J’ai sélectionné une dizaine de hipsters (graphistes, DJ, artistes…) qui n’avaient jamais couru afin de les préparer à ce 10 K. Il s’agissait de potes de potes, de personnes recrutées dans le réseau de la hype. Consanguinité, favoritisme, subjectivité : tous les mots qu’on adore (lol) ! J’avais besoin d’un spécialiste pour m’épauler et j’ai rencontré Renaud Longuèvre, qui était athlète Nike. À l’époque, il était déjà entraîneur national, il coachait Ladji Doucouré et s’occupait des sauteurs et de l’équipe olympique sur piste à l’Insep. Il avait une ouverture d’esprit et une approche ludique qui font qu’on s’est très bien entendus. PPG, fractionné, muscles profonds, dépose du pied… : j’ai acquis avec lui la partie technique, qui paraît souvent élitiste et confuse quand on débute. Certains apprécient les sensations, l’adrénaline que procure le running. Personnellement, j’adore la préparation, tout ce bagage technique que je n’ai pas appris à l’école.

 

 

Depuis 2008, les crews urbains de running ont explosé partout dans le monde. Quel rôle le PRC a-t-il joué et quel regard portes-tu sur cette évolution ?
Six mois après les Bridge Runners de Mike Saes et Cedric Hernandez à New York, le PRC voyait le jour quasiment en même temps que le Run Dem Crew de Londres, fondé par Charlie Dark. Peu de temps après, Nbro Running était lancé à Copenhague. Dans la foulée, d’autres crews toujours soutenus par Nike et portés par des gens hors sérail sont venus compléter cette scène : AFE à Tokyo, Braves à Berlin, Hong Kong Harbour Runners… Des amitiés se sont formées, des ponts se sont créés et nous avons commencé à organiser des événements tels que Bridge The Gap. Le premier a eu lieu à Berlin, mais c’est à Paris, au semi de Boulogne, que le concept a réellement explosé. Les capitaines invitaient les autres crews à venir participer à une compétition dans leur ville. L’idée était de se retrouver, de faire la fête et de courir le dimanche. Je précise que tout ça s’est fait de manière spontanée. Pour nous, c’était l’occasion de voyager et de découvrir des villes autrement. Mais c’est devenu un énorme phénomène marketing : à la fin, il y avait des Bridge The Gap tout le temps, partout, donc on a décidé d’arrêter. En fait, l’athlétisme et la course existaient depuis la nuit des temps, mais nous avons contribué à les rendre contemporains et modernes. Nous – le PRC, le Run Dem Crew, Bridge Runners et Nbro – sommes véritablement à l’origine de la révolution qui a transformé le running en sport le plus cool du monde ! Lorsque les autres marques (Adidas, Asics, New Balance…) ont réalisé l’ampleur que ça prenait, elles ont commencé à vouloir créer le même type de club, avec leur propre stratégie marketing. Une nouvelle typologie de vêtements, de musique, de discours a ainsi émergé. Parallèlement, d’innombrables applications ont vu le jour, qui ont permis aux gens de se mettre à courir différemment. Le revers de la médaille, c’est qu’on a l’impression que tout le monde est devenu coureur aujourd’hui. Il y a huit ans, lorsqu’on a commencé à s’entraîner à la BNF, on ne croisait pas un chat. Maintenant, même ma mère a un club de running ! Ce qui m’embête, c’est que les gens ne se rendent plus compte de l’effort, car les chiffres ne veulent plus rien dire. Il faut être réellement coureur pour savoir que c’est la guerre pour passer de 40 à 38 minutes au 10 K ! Je regrette aussi la tendance actuelle au toujours plus. Les performances hallucinantes de Marine Leleu, par exemple, sont inspirantes et en même temps flippantes. Où placer la limite ? Où est la notion de plaisir, de dépassement de soi pour des gens qui ont un travail à côté ? Enfin, il y a le phénomène de la socialisation : il faut absolument s’afficher en train de faire du sport. Or, voir beaucoup de gens qui courent a plutôt tendance à m’empêcher de courir. Cette année, j’ai fait exprès de m’entraîner à des heures improbables (#noexcuse). Mais paradoxalement, Instagram et les messages que j’ai reçus sur le réseau m’ont motivé. C’est gratifiant de donner l’exemple, de donner envie aux autres de s’y mettre.

 

 

Comment vois-tu l’avenir du running ? Et du PRC ?

J’observe les cycles et je pense que le running a besoin de trouver une nouvelle fraîcheur. D’autant que de belles années se profilent en France, avec les Championnats d’Europe d’athlétisme de 2020 et les JO 2024. J’attends des marques qu’elles se bougent pour proposer des choses qui nous surprennent en com’, en marketing, en produits. En ce qui concerne le PRC, qui est indépendant depuis 2016, nous allons devoir définir dans les prochaines semaines le projet de l’année. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le PRC était un club de débutants à la base. Mais les gens sont restés suffisamment longtemps pour progresser et devenir coureurs. Ils font des compétitions et tapent des temps. De nouveaux problèmes se posent : la nutrition, le repos… Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Quelle est la prochaine étape ? Comment retrouver l’énergie des débuts ? Est-ce qu’on s’oriente vers du triathlon ? De l’ultra-trail ? Du relais ? De la piste ? Je ne sais pas encore, mais j’ai envie de bousculer la routine et de tester de nouvelles choses.

 

Instagram
@paris_rc
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